Un bestiaire fantastique
Hanté de merveilleux, le monde étrange du céramiste tourangeau
Charles-Jean Avisseau et de ses émules. Limoges, Musée national Adrien-Dubouché.


Charles-Jean Avisseau, Grand Groupe rustique
(détail), 1855, faïence émaillée, Tours, Musée des Beaux-Arts.

L'anfractuosité d'un rocher, les rebords humides d'un étang, faisonnants d'herbes, de renoncules, de fougerès, où grouillent vipères, lézards, grenouilles, crustacés, larves et gastéropodes. Hanté de merveilleux, le monde étrnge du céramiste tourangeau Charles-Jean Avisseau (Tours, 1795-1861) et de ses émules est présenté - plats, vases, bassins rustiques - pour la première fois depuis plus d'un demi-siècle à la lumière d'analyses scientifiques récentes menées par le Centre de recherche et de restauration des musées de France et le Laboratoire du CNRS-Orléans.

Célébré de son vivan comme un "nouveau Palissy", Avisseau, sur les traces de l'illustre potier du XVIe siècle, remet les "rustiques figulines" (céramiques d'inspiration naturaliste) au goût du jour. La vogue des cabinets d'histoire naturelle inspire la décoration des salons aristocratiques et bourgeois d'alors. Promu par une clientèle fortunée, Avisseau fait école à Tours, avec, entre autres, Edouard et Caroline, les enfants du maître, Joseph Landais et son fils, Léon Brard, les Chauvigné, père et fils, Carré de Busserolle, puis dans une dizaine d'autres lieux, en France, notamment à Limoges, et en Europe.

Taillant des pierres avec son père, apprenant le dessin à l'école de Tours, Avisseau suit une formation artistique avant de diriger un atelier de peinture sur faïence en Eure-et-Loir. En 1829, il revient à Tours, où il construit son premier four pour consacrer son existence aux secrets de la céramique. En vogue au XIXe siècle, l'observation de la nature, prend chez Avisseau la dimension d'un culte. Dans son jardin, ce sont en liberté, en volières ou en cages, rapportés de ses promenades,  oiseaux, serpents, lézards, insectes, dont s'inspire son monde de terre et de feu. Le céramiste ne cesse de dévelloper les techniques picturales et celles du moulage. Recourant au bore, au chrome et au nickel, un usage de la fin du XVIIIe siècle, il innove avec la craie et la silice, recherchant sans relâche la pureté de la couleur et l'illusion du vrai, jusqu'à sa mort, empoisonné par des vapeurs d'émaux.

Le bestiaire fantastique d'Avisseau crée une nature féroce et romantique comme on la rêve au siècle de Darwin, en kitch, avec, sur l'une des compositions, disposés comme des pierres précieuses, des gastéropodes multicolores.

Un bestiaire fantastique. Avisseau et la faïence de Tours. 1840-1910, au 12 mai 2003. Exposition organisée par la Réunion des Musées Nationaux/Musée national Adrien-Dubouché et le Musée des Beaux-Arts de Tours.

Musée national Adrien-Dubouché
8 bis, place Winston Churchill
87000 Limoges, France
Tel. (33) 05 55 33 08 50